
Le Comité Social et Économique dispose d'une compétence étendue en matière de formation professionnelle. L'employeur doit systématiquement le consulter pour recueillir son avis et ses contre-propositions. Même si le dernier mot revient à la direction, cette étape obligatoire offre aux élus un vrai moyen de contrôle sur les objectifs de formation et de protection des parcours professionnels des employés. Tour d'horizon des droits, des attributions et des leviers d'action des représentants du personnel.
La formation professionnelle constitue un enjeu majeur pour les salariés et pour les entreprises. Elle conditionne à la fois l'employabilité des individus, la compétitivité des organisations et la qualité de vie au travail.
Le Comité Social et Économique (CSE) joue un rôle central dans ce domaine. En tant que représentants du personnel, les élus disposent de droits d'information et de consultation qui leur permettent d'exercer un contrôle effectif sur la politique de formation mise en œuvre par l'employeur.
Ce dossier a pour objet de rappeler les fondements juridiques de ces compétences, d'en préciser les modalités pratiques et de fournir aux élus les clés nécessaires pour exercer pleinement leur mission. Il est structuré en cinq parties couvrant le cadre légal, les consultations obligatoires, les moyens d'action, les outils de suivi et les bonnes pratiques.
Sommaire
1. Cadre légal et fondements de la compétence du CSE
▌ 1.1 Les textes de référence
La compétence du CSE en matière de formation professionnelle repose sur un ensemble de textes législatifs et réglementaires :
| Texte | Contenu principal |
|---|---|
| Code du travail — Art. L. 2312-24 | Consultation obligatoire sur la politique sociale, les conditions de travail et l'emploi, dont la formation professionnelle |
| Code du travail — Art. L. 6312-1 et s. | Organisation et financement de la formation professionnelle continue |
| Loi du 5 septembre 2018 (Avenir professionnel) | Réforme du système de formation : CPF monétisé, FNE-Formation, création de France Compétences |
| Accord National Interprofessionnel (ANI) | Fixe les grandes orientations paritaires en matière de formation |
| Convention ou accord de branche | Peut prévoir des obligations supplémentaires de consultation ou de financement |
▌ 1.2 La nature de la compétence du CSE
La compétence du CSE en matière de formation est de nature consultative. Cela signifie que :
● L'employeur a l'obligation de consulter le CSE avant toute décision importante relative à la formation.
● Le CSE émet un avis — favorable, défavorable ou avec réserves — qui doit figurer au procès-verbal.
● L'avis du CSE n'est pas contraignant pour l'employeur : ce dernier peut maintenir sa décision malgré un avis défavorable.
● Toutefois, l'absence de consultation ou le non-respect de la procédure expose l'employeur à des sanctions (délit d'entrave, nullité de la décision).
Principe fondamental
Le caractère non contraignant de l'avis ne signifie pas que la consultation est sans valeur. L'avis du CSE est un acte officiel qui engage la responsabilité de l'employeur sur le plan de la transparence et de la justification de ses choix. Un employeur qui ignore systématiquement les avis du CSE s'expose à une dégradation du dialogue social et, potentiellement, à des recours contentieux.
▌ 1.3 Le CSE comme garant du respect de la loi
Au-delà de son rôle consultatif, le CSE dispose d'un droit de regard permanent sur les mesures et objectifs de l'entreprise en matière de formation et d'emploi. Cette mission de vigilance comprend :
● La vérification du respect des obligations légales de formation (respect du plan de développement des compétences, égalité d'accès, financement des OPCO).
● La détection d'éventuelles discriminations dans l'accès à la formation selon le sexe, l'âge, le type de contrat ou le niveau de qualification.
● La surveillance de la cohérence entre les besoins en compétences identifiés et les formations effectivement dispensées.
● La formulation d'orientations alternatives lorsque les choix de l'employeur semblent inadaptés aux besoins des salariés.
2. Les consultations obligatoires
▌ 2.1 La consultation annuelle sur la politique sociale
Conformément à l'article L. 2312-24 du Code du travail, le CSE est consulté chaque année sur la politique sociale de l'entreprise, les conditions de travail et l'emploi. La formation professionnelle est un volet essentiel de cette consultation.
Ce que doit couvrir cette consultation
Le plan de développement des compétences (anciennement plan de formation) ; les conditions d'accès à la formation ; la nature des formations envisagées ; les résultats des formations réalisées lors de l'exercice précédent ; les informations relatives aux congés de formation (CPF, bilan de compétences, VAE) ; les perspectives d'évolution de l'emploi dans l'entreprise.
▌ 2.2 Le plan de développement des compétences
Le plan de développement des compétences est l'outil central de la politique de formation d'une entreprise. Il recense l'ensemble des actions de formation décidées par l'employeur à l'initiative et au bénéfice des salariés. Sa consultation suit un calendrier précis :
| Étape | Objet et délai |
|---|---|
| Information préalable | Communication des documents d'information au CSE au moins 3 semaines avant la réunion de consultation |
| 1re réunion de consultation | Présentation et discussion du projet de plan — généralement en octobre/novembre |
| 2e réunion de consultation | Recueil de l'avis motivé du CSE — généralement en décembre |
| Mise en œuvre | Le plan est arrêté par l'employeur début janvier et communiqué aux salariés |
⚠ Point de vigilance
Les délais de consultation doivent être scrupuleusement respectés. Si l'employeur ne fournit pas les documents requis dans les délais légaux, le CSE peut saisir le président du tribunal judiciaire en référé pour obtenir les informations manquantes. En cas de carence, le délai de consultation est suspendu jusqu'à la transmission des éléments.
▌ 2.3 Les autres cas de consultation obligatoire
En dehors de la consultation annuelle, l'employeur doit également consulter le CSE dans les situations suivantes :
● Introduction de nouvelles technologies susceptibles d'avoir des conséquences sur l'emploi ou les qualifications.
● Projet de compression des effectifs (PSE) : le plan de formation d'adaptation doit être soumis au CSE.
● Modifications importantes de l'organisation du travail ou des conditions d'emploi.
● Mise en œuvre d'un accord de compétences (GEPP / GPEC) ayant un volet formation.
● Recours à l'activité partielle de longue durée (APLD) comportant des engagements de formation.
▌ 2.4 L'avis du CSE : comment le rendre efficace ?
L'avis du CSE doit être motivé et circonstancié pour avoir un réel impact. Les élus ont intérêt à :
1. Analyser en amont les documents transmis par l'employeur et identifier les incohérences ou les lacunes.
2. Interroger l'employeur sur les critères de sélection des bénéficiaires des formations.
3. Proposer des orientations alternatives documentées (études de marché, données de branche, retours salariés).
4. Formuler des réserves explicites si certaines catégories de salariés sont sous-représentées dans le plan.
5. Consigner l'avis complet dans le procès-verbal de réunion, qui a une valeur juridique probante.
3. Les moyens d'action du CSE
▌ 3.1 Le droit à l'information
Pour exercer utilement sa mission, le CSE dispose d'un droit à l'information étendu en matière de formation. Les informations doivent être mises à disposition dans la Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales (BDESE), anciennement BDES.
| Catégorie d'information | Exemples de données attendues |
|---|---|
| Investissement formation | Montant des dépenses de formation, taux d'accès à la formation par catégorie |
| Dispositifs utilisés | Nombre de CPF mobilisés, bilans de compétences, VAE, Pro-A |
| Résultats obtenus | Taux de réalisation du plan, résultats obtenus (certifications, promotions) |
| Financement | Contributions versées aux OPCO, subventions obtenues |
| Égalité d'accès | Répartition des formations par sexe, âge, catégorie professionnelle, type de contrat |
▌ 3.2 Le recours à un expert
Le CSE peut faire appel à un expert en formation professionnelle dans le cadre de certaines consultations. Cette possibilité est particulièrement pertinente lorsque les documents transmis par l'employeur sont complexes ou insuffisants.
Conditions de recours à l'expert
Le recours à un expert est de droit pour la consultation annuelle sur la politique sociale (expertise cofinancée : 80 % à la charge de l'employeur, 20 % sur le budget de fonctionnement du CSE). L'expert doit être désigné dans les délais légaux. Il dispose d'un droit d'accès aux documents et peut interroger l'employeur. Son rapport doit être remis avant la réunion de consultation finale.
▌ 3.3 Le droit de proposer des orientations alternatives
Le CSE ne se limite pas à émettre un avis sur le projet soumis par l'employeur. Il dispose expressément du droit de proposer des orientations alternatives en matière de formation. Pour ce faire, les élus peuvent :
● S'appuyer sur les remontées des salariés (entretiens professionnels, réclamations, enquêtes internes).
● Consulter les données de branche et les études sectorielles pour identifier les formations prioritaires.
● Solliciter l'OPCO de l'entreprise pour obtenir des informations sur les financements disponibles.
● Proposer des thématiques de formation non prévues par l'employeur (numérique, sécurité, soft skills).
● Formuler des suggestions sur les modalités pédagogiques (e-learning, présentiel, formations certifiantes).
▌ 3.4 La commission de la formation
Dans les entreprises d'au moins 300 salariés, le CSE doit obligatoirement constituer une commission de la formation. Dans les entreprises de moins de 300 salariés, sa création est facultative mais fortement recommandée.
La commission de la formation a pour missions de :
● Préparer les délibérations du CSE sur les questions de formation professionnelle.
● Étudier les moyens mis en œuvre par l'employeur pour favoriser l'expression des besoins en formation.
● Examiner les problèmes spécifiques d'accès à la formation pour certaines catégories de salariés.
● Émettre des recommandations sur l'articulation entre formation et gestion prévisionnelle des emplois.
⚠ À noter
La commission de la formation n'a pas de pouvoir délibératif propre. Elle prépare les avis qui seront votés en séance plénière du CSE. Ses membres bénéficient néanmoins des mêmes droits d'information que le CSE dans le cadre de leurs travaux.
4. Les dispositifs de formation à maîtriser
▌ 4.1 Le plan de développement des compétences
Dispositif phare de la formation en entreprise, le plan de développement des compétences distingue deux catégories d'actions :
| Catégorie | Caractéristiques |
|---|---|
| Actions obligatoires (catégorie 1) | Formations imposées par la loi ou un accord collectif pour l'exercice du poste (ex. : habilitations, formations sécurité). Se déroulent obligatoirement sur le temps de travail, avec maintien de la rémunération. |
| Actions non obligatoires (catégorie 2) | Formations décidées par l'employeur pour développer les compétences du salarié. Peuvent en partie se dérouler hors temps de travail dans la limite d'un accord ou avec l'accord du salarié. |
▌ 4.2 Le Compte Personnel de Formation (CPF)
Le CPF est un droit individuel du salarié alimenté en euros (500 € par an, dans la limite de 5 000 €, ou 800 €/an pour les non-qualifiés, plafond de 8 000 €). Les élus doivent s'assurer que :
● L'employeur informe les salariés de l'existence et du fonctionnement du CPF.
● Le CPF n'est pas utilisé pour se substituer aux obligations de formation de l'employeur.
● Les salariés les moins qualifiés bénéficient d'un accompagnement pour mobiliser leur CPF (rôle du CEP — Conseil en Évolution Professionnelle).
▌ 4.3 La Pro-A (reconversion ou promotion par alternance)
La Pro-A permet à un salarié de changer de métier ou de se qualifier en suivant une formation en alternance au sein de l'entreprise. Elle nécessite un accord de branche étendu listant les certifications éligibles. Le CSE doit veiller à ce que ce dispositif soit effectivement proposé aux salariés concernés, notamment ceux dont les emplois sont menacés par des mutations technologiques.
▌ 4.4 La Validation des Acquis de l'Expérience (VAE)
La VAE permet à tout salarié justifiant d'au moins un an d'expérience professionnelle de faire reconnaître ses compétences par l'obtention d'une certification. Le CSE peut promouvoir activement ce dispositif, notamment auprès des salariés qui n'ont pas de diplôme mais qui disposent d'une expertise réelle.
▌ 4.5 Le bilan de compétences
Le bilan de compétences permet à un salarié de faire le point sur ses aptitudes, ses motivations et ses possibilités d'évolution. Il est financé par le CPF ou l'OPCO et se déroule en dehors du temps de travail (sauf accord contraire). Les élus peuvent recommander ce dispositif lors des entretiens professionnels ou en réponse à des situations de difficultés professionnelles signalées.
5. Outils de suivi et bonnes pratiques
▌ 5.1 Le tableau de bord de suivi de la formation
Pour exercer efficacement leur rôle, les élus ont intérêt à construire et à maintenir à jour un tableau de bord permettant de suivre la réalisation de la politique de formation. Ce tableau peut intégrer les indicateurs suivants :
| Indicateur | Objet du suivi |
|---|---|
| Taux d'accès à la formation | % de salariés ayant suivi au moins une formation dans l'année |
| Répartition par catégorie | Analyse par sexe, âge, ancienneté, type de contrat |
| Heures de formation par salarié | Comparaison avec les moyennes de branche et nationales |
| Taux de réalisation du plan | % d'actions du plan effectivement réalisées |
| Financement mobilisé | Part prise en charge par l'OPCO vs. l'entreprise |
| Suites données aux formations | Évolutions de poste, promotions, certifications obtenues |
▌ 5.2 Le suivi des entretiens professionnels
Depuis la loi du 5 mars 2014, tout salarié doit bénéficier d'un entretien professionnel tous les deux ans, ainsi que d'un bilan récapitulatif tous les six ans. Cet entretien porte sur les perspectives d'évolution professionnelle et les besoins en formation.
⚠ Sanction en cas de non-respect
Si l'employeur n'a pas réalisé les entretiens professionnels ou si le salarié n'a pas bénéficié d'au moins une formation non obligatoire sur les six ans, l'employeur doit abonder le CPF du salarié de 3 000 €. Le CSE doit s'assurer que ces bilans sexennaux sont bien réalisés et que les abondements correctifs sont effectivement versés.
▌ 5.3 La Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEPP)
Anciennement connue sous le nom de GPEC, la GEPP est une démarche d'anticipation des besoins en compétences à moyen terme. Dans les entreprises d'au moins 300 salariés, l'employeur doit engager une négociation triennale sur ce sujet. Le CSE est consulté sur le contenu de l'accord et sur sa mise en œuvre.
Les élus doivent veiller à ce que la GEPP comporte un volet formation explicite, précisant :
● Les métiers en tension ou amenés à évoluer fortement.
● Les passerelles de mobilité interne et les formations associées.
● Les mesures d'accompagnement pour les salariés dont les emplois sont menacés.
▌ 5.4 Bonnes pratiques à destination des élus
Pour exercer pleinement leur rôle en matière de formation, les élus du CSE sont invités à adopter les pratiques suivantes :
1. Se former eux-mêmes : les élus bénéficient de 5 jours de formation économique en début de mandat et peuvent se former aux thématiques de la formation professionnelle dans ce cadre.
2. Dialoguer avec les salariés : recueillir les besoins non satisfaits, les refus de formation, les blocages à l'accès aux dispositifs.
3. Consulter la BDESE régulièrement : ne pas attendre la consultation annuelle pour demander des informations.
4. Articuler formation et conditions de travail : relier les enjeux de formation aux problématiques de charge, de santé au travail et de risques psychosociaux.
5. S'appuyer sur les partenaires extérieurs : OPCO, CARIF-OREF, Direccte, organisations syndicales de branche.
6. Formaliser les positions du CSE : rédiger des avis motivés, des contre-propositions documentées et des rapports d'étape.
Synthèse — Les droits et leviers du CSE en un coup d'œil
| DOMAINE | DROIT DU CSE | BASE LÉGALE |
|---|---|---|
| Plan de développement des compétences | Consultation obligatoire annuelle + avis motivé | Art. L. 2312-24 C. trav. |
| BDESE / informations | Accès permanent à l'ensemble des données formation | Art. L. 2312-21 C. trav. |
| Expertise | Désignation d'un expert cofinancé (80 % employeur) | Art. L. 2315-92 C. trav. |
| Commission formation | Création obligatoire dès 300 salariés | Art. L. 2315-49 C. trav. |
| Orientations alternatives | Droit de contre-proposition documentée | Art. L. 2312-24 C. trav. |
| Entretiens professionnels | Suivi du respect et des abondements correctifs | Art. L. 6315-1 C. trav. |
| GEPP (≥ 300 sal.) | Consultation sur l'accord et sa mise en œuvre | Art. L. 2242-20 C. trav. |
À retenir
La consultation du CSE en matière de formation professionnelle est une obligation légale impérative. Si l'avis rendu n'est pas juridiquement contraignant pour l'employeur, il n'en constitue pas moins un acte officiel qui engage sa responsabilité et lui impose de justifier ses choix. Les élus qui préparent leurs avis avec rigueur, s'appuient sur des données objectives et formulent des propositions constructives exercent une influence réelle sur les orientations de formation de leur entreprise.
Publié le 11 mai 2020 — Mis à jour le 13 avril 2026
Rédigé par Officiel CSE
Références et ressources utiles
Les élus peuvent utilement consulter les ressources suivantes pour approfondir leurs connaissances et préparer leurs avis :
● Code du travail — Parties L. 2312 (attributions du CSE), L. 6312 (formation professionnelle), L. 6315 (entretien professionnel)
● Site officiel de France Compétences : www.francecompetences.fr
● Mon Compte Formation : www.moncompteformation.gouv.fr
● Portail du Ministère du Travail : www.travail-emploi.gouv.fr
● Réseau des CARIF-OREF : données régionales sur la formation et l'emploi
● Documentation de l'OPCO de votre branche professionnelle
● Institut national du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle (INTEFP)
Partagez et diffusez ce dossier
Laissez un commentaire
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.









