
La 8ème édition du Baromètre Syndex-Ifop, réalisée en octobre 2025 auprès de 1 167 représentants du personnel, 1 301 salariés et 400 dirigeants, dresse un constat contrasté du dialogue social en France. Si le contexte économique pèse sur les relations sociales, les élus de CSE restent mobilisés et portés par leurs convictions.
Pour la 8e année, Syndex, cabinet d'expertise pour les représentants du personnel (RP), publie les résultats de son Baromètre réalisé par l'Ifop, seule étude à grande échelle à croiser le regard des salariés, des RP et des directions sur les relations sociales en entreprise.
Sans surprise, les représentants du personnel expriment un sentiment persistant de manque d'écoute de la part des directions. Près d'un élu sur deux (46 %) constate un affaiblissement du poids du CSE face à celui de l'employeur, un phénomène en progression par rapport à 2024. Par ailleurs, 49 % des élus portent une appréciation très négative sur la qualité de l'information transmise, tandis qu'une large majorité (85 %) appelle à une meilleure prise en compte des avis du CSE.
Ce qui frappe dans cette édition 2026, c'est moins l'apparition de nouveaux problèmes que l'aggravation et la cristallisation de tendances structurelles : érosion de la confiance, sentiment d'impuissance des élus, décalage croissant entre les attentes des salariés et les réponses apportées. Paradoxalement, au milieu de ce tableau préoccupant, une constante demeure : l'engagement intact des représentants du personnel.
Sommaire
1. Un contexte économique morose qui impacte le climat social
2. Une appréciation du dialogue social très contrastée selon les acteurs
3. Le CSE : une instance reconnue mais en quête de poids stratégique
4. Être élu de CSE : un engagement exigeant mais valorisant
5. Les sujets prioritaires : un trio de tête qui ne change pas
6. Rémunérations : des attentes qui restent fortes
7. Nouveaux enjeux : environnement en recul, IA en progression
1. Un contexte économique morose qui impacte le climat social
Une situation économique dégradée
Seulement 65% des représentants du personnel jugent bonne la situation économique de leur entreprise, le score le plus faible depuis 2018 (contre 77% en 2022 et 2023). Cette détérioration du contexte économique se répercute directement sur l'état d'esprit des acteurs du dialogue social.
L'évolution de la perception économique (2018-2025)
| Année | % de RP estimant bonne la situation économique | Contexte |
|---|---|---|
| Déc. 2018 | 74% | Croissance post-crise |
| Nov. 2019 | 75% | Pré-Covid |
| Janv. 2021 | 75% | Sortie de crise sanitaire |
| Déc. 2021 | 77% | Reprise forte |
| Nov. 2022 | 77% | Début inflation |
| Nov. 2023 | 77% | Inflation persistante |
| Oct. 2024 | 67% | Rupture |
| Oct. 2025 | 65% | Dégradation continue |
Des directions perçues comme plus tendues
L'état d'esprit des directions, selon les RP, se dégrade significativement :
| État d'esprit | 2025 | 2024 | Analyse |
|---|---|---|---|
| Tendue | 58% | 52% | +6 pts – Plus haut niveau depuis 2018 |
| Fermée | 52% | 48% | +4 pts – En tête des adjectifs cités en premier |
| À l'écoute | 33% | 37% | -4 pts – Recul préoccupant |
| Satisfaite | 19% | 23% | -4 pts – Signe d'insatisfaction |
La montée de la tension et de la fermeture, couplée au recul de l'écoute, dessine le portrait d'un management sur la défensive. Cette crispation est le terreau d'un dialogue social dégradé. Quand les directions sont tendues, elles ont tendance à se replier sur des positions de pouvoir plutôt qu'à s'ouvrir à la concertation.
2. Une appréciation du dialogue social très contrastée selon les acteurs
Un écart persistant dans l'évaluation
Les trois panels continuent d'avoir des visions radicalement différentes de la qualité du dialogue social :
| Panel | Note attribuée au dialogue social | Évolution vs 2024 |
|---|---|---|
| Représentants du personnel | 5,1/10 | -0,2 point |
| Salariés | 5,9/10 | -0,1 point |
| Dirigeants | 7,7/10 | -0,1 point |
Cette divergence révèle un dialogue social à deux vitesses, où les élus et les salariés perçoivent un déficit d'écoute et de prise en compte de leurs préoccupations.

La prise en compte des avis : un rendez-vous manqué
Pour la première fois, l'évaluation par les RP de la prise en compte de leurs avis et revendications passe sous la barre des 5/10 (4,7/10 vs 5,1 en 2024). Pourtant, cet élément arrive désormais en tête des facteurs contribuant le plus au dialogue social selon les élus (75%, +7 points).
Les principaux contributeurs à la qualité du dialogue social (selon les RP)
| Élément | % contribue fortement | Évaluation |
|---|---|---|
| Prise en compte des avis et revendications | 75% (+7 pts) | 4,7/10 |
| Proximité avec les salariés et le terrain | 74% (+6 pts) | 5,4/10 |
| Transmission et qualité de l'information | 74% | 6,4/10 |
| Respect de la législation | 71% (+9 pts) | 5,5/10 |
| Confiance entre les participants | 70% | 5,8/10 |
Les élus placent désormais la prise en compte de leurs avis en tête des facteurs contribuant au dialogue social (+7 points), précisément au moment où ils jugent que cet aspect se dégrade le plus. Ce n'est pas un hasard : c'est le symptôme d'une prise de conscience collective que le dialogue social ne peut se réduire à un exercice formel de consultation.

3. Le CSE : une instance reconnue mais en quête de poids stratégique
Une utilité largement reconnue
Le CSE bénéficie d'une image positive :
• 86% des salariés le considèrent comme utile
• 94% des directions (+4 points vs 2024)
• 68% des salariés en ont une bonne image
• 59% des salariés se sentent bien représentés (plus haut niveau depuis 2021)

Les principales utilités du CSE selon les salariés
• Pour défendre les salariés de l'entreprise : 86%
• Pour remonter les réalités du terrain : 86%
• Pour travailler sur la sécurité et les conditions de travail : 86%
• Pour rendre compte des décisions de l'entreprise : 86%
• Pour instaurer une médiation avec la direction : 84%
Mais des limites importantes qui persistent
Les principaux inconvénients du CSE selon les RP :
| Inconvénient | 2025 | 2024 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Affaiblissement du poids des RP face à la direction | 46% | 40% | +6 pts |
| Accroissement de l'investissement en temps | 38% | 35% | +3 pts |
| Ordre du jour trop chargé | 34% | 33% | +1 pt |
| Manque d'attractivité de la fonction | 34% | 31% | +3 pts |
| Moins bonne prise en compte des réclamations | 33% | 31% | +2 pts |
Ces chiffres dessinent un scénario inquiétant. Le CSE, instance fusionnée censée gagner en efficacité, souffre d'un effet de dilution : trop de sujets à traiter, trop peu de temps, un ordre du jour surchargé qui empêche d'aller au fond des choses. Résultat : un sentiment d'affaiblissement du poids des élus qui progresse d'année en année.
Cette saturation a un coût : 29% des élus citent l'absence d'évolution de carrière et de rémunération comme frein à se représenter. Quand le mandat devient trop lourd et insuffisamment reconnu, c'est l'attractivité même de la fonction qui est menacée.
4. Être élu de CSE : un engagement exigeant mais valorisant
Dans un monde marqué par l'individualisme et la quête d'intérêt personnel, l'engagement des élus reste porté par des valeurs profondément collectives. Un élu sur deux s'engage pour défendre les droits d'autrui, un tiers pour la justice sociale. C'est cette boussole morale qui explique la forte implication des élus malgré les difficultés.
Des motivations profondément collectives
Les raisons de l'engagement des élus (deux réponses possibles) :
• 50% : Défendre les droits des salariés
• 36% : Agir pour plus d'équité et de justice sociale
• 32% : Améliorer les conditions de travail
Des compétences développées mais peu valorisées
• 90% des élus affirment que leur rôle leur permet de développer des compétences
• 68% estiment leur engagement accepté et reconnu par la direction
• 67% par les salariés
Mais cette reconnaissance reste formelle :
• Seulement 21% bénéficient d'une vérification annuelle de leur trajectoire professionnelle
• Seulement 21% voient leurs compétences recensées dans leurs entretiens professionnels
• 49% considèrent leur statut comme un frein à l'évolution de la rémunération
• 62% comme un frein au parcours professionnel
Les élus sont « reconnus » et « acceptés » dans les discours, mais cette reconnaissance ne se traduit pas dans les faits. Seul 1 élu sur 5 bénéficie d'une réelle valorisation formelle de son engagement et de ses compétences acquises. Pire : pour 62% d'entre eux, le mandat est perçu comme un handicap de carrière.
Un investissement en formation
Les élus se donnent les moyens :
• 80% formés aux prérogatives SSCT (+8 points vs 2024)
• 69% formés aux prérogatives économiques (+5 points)
• 17% formés aux prérogatives environnementales (+2 points)
5. Les sujets prioritaires : un trio de tête qui ne change pas
Les priorités selon les RP
Ancrés dans la réalité du travail, les élus placent en tête de leurs préoccupations la santé, la sécurité, les conditions concrètes d’exercice et le pouvoir d’achat des salariés. Cette stabilité dans les priorités traduit une maturité collective : loin des effets de mode, les représentants du personnel restent concentrés sur les enjeux essentiels pour les salariés.
| Sujet prioritaire (RP) | 2025 | 2024 | 2023 | Constance |
|---|---|---|---|---|
| Santé et risques psychosociaux | 94% | 92% | 92% | ✓ Stable en tête |
| Conditions de travail | 93% | 93% | 93% | ✓ Stable |
| Sécurité au travail | 85% | 86% | 86% | ✓ Stable |
| Pouvoir d'achat | 80% | 83% | 83% | ↓ Léger recul |
Santé et sécurité : des risques élevés et une prise en compte insuffisante
44% des RP estiment élevé le risque d'accident du travail dans leur entreprise (plus de 50% dans le BTP et l'industrie, 60% dans le commerce et l'agriculture).
Pourtant, les entreprises ne prennent pas suffisamment en compte ces risques :
| Aspect | % de RP répondant « OUI » |
|---|---|
| Mesures suffisantes de protection contre les accidents | 67% |
| Prise en compte de l'avis du CSE sur le DUERP | 51% |
| Accompagnement des salariés accidentés à leur retour | 47% |
| Information sur les actions de santé au travail | 46% |
| Actions suffisantes en santé au travail | 45% |
| Prise en compte des impacts sur les conditions de travail | 31% |
| Conscience de la pénibilité | 25% |
Actions prioritaires en santé au travail
Les élus attendent en priorité :
• 56% : Formations des managers à la prévention des RPS
• 52% : Groupes de travail ponctuels pour échanger sur les difficultés
• 39% : Recrutement pour mieux répartir la charge de travail
• 26% : Modification de l'organisation du travail
6. Rémunérations : des attentes qui restent fortes
Un écart persistant entre attentes et anticipations
| Augmentation souhaitée | Augmentation anticipée | |
|---|---|---|
| RP | 6% | 2% |
| Salariés | 10,2% | 3% |
| Directions | - | 1,5% |
Les attentes de 6% (RP) et 10,2% (salariés) sont certes plus modestes qu'en 2023 (7,7% et 12%), mais elles restent 4 à 7 fois supérieures à ce que prévoient les directions (1,5%).
Partage de la valeur : priorité aux augmentations salariales
Les dispositifs privilégiés par les RP :
• 50% : Augmentations de salaires plus importantes
• 10% : Dispositif de participation plus avantageux
• 9% : Rémunération variable selon la performance individuelle
• 9% : Prime de partage de la valeur
Les élus, et dans une moindre mesure les salariés, privilégient massivement les augmentations pérennes de salaire plutôt que les primes variables ou exceptionnelles. Ce choix est stratégique : une augmentation de salaire se pérennise, se capitalise (retraite, prévoyance), contrairement aux primes.
Ce rejet relatif des primes est aussi un rejet d'une précarisation des revenus : quand la part variable augmente, c'est la sécurité économique qui diminue.
7. Nouveaux enjeux : environnement en recul, IA en progression
La prérogative environnementale peine à décoller
• Seulement 31% des CSE se sont emparés de cette prérogative
• 28% des RP la considèrent comme prioritaire (-4 points vs 2024)
• 27% des salariés (-4 points)
• 30% des directions (+7 points)
Les freins identifiés par les RP
| Frein | % |
|---|---|
| Le CSE priorise d'autres sujets | 61% |
| Manque d'expertise et absence de formation | 44% |
| Pas d'information transmise par la direction | 39% |
| L'activité n'est pas des plus polluantes | 28% |
| La direction ne s'est pas saisie du sujet | 29% |
L'intelligence artificielle : un sujet émergent
24% des RP placent l'IA parmi les sujets prioritaires (+8 points en 1 an).
Déploiement de l'IA dans les entreprises
• 72% des RP déclarent que leur entreprise a mis en place ou prévoit des projets IA
• 41% des salariés
• 38% des dirigeants
Un dialogue social largement insuffisant
Parmi les entreprises ayant déployé l'IA :
• 68% des RP affirment qu'il n'y a pas eu de consultation préalable
• 65% des dirigeants confirment l'absence de consultation
Quand il y a consultation, elle porte sur :
• 16% : Projets importants modifiant les conditions de travail
• 13% : Élaboration d'une charte IA
• 9% : Consultations récurrentes (orientations stratégiques)
• 2% : DUERP
Dans 2 cas sur 3, l'IA est déployée sans consultation du CSE. Pourtant, ces outils transforment le travail, peuvent supprimer des emplois, modifier les compétences requises, introduire de nouveaux risques (surveillance, stress, dépossession du savoir-faire).
L'IA n'est pas un sujet technologique, c'est un enjeu de dialogue social majeur. Les CSE doivent exiger d'être consultés, se former, faire appel à des expertises. Ne pas le faire, c'est laisser se déployer une transformation qui pourrait bouleverser le travail sans aucun contrôle démocratique.

8. L'état d'esprit des élus : déterminés mais inquiets
Évolution des sentiments des RP (2018-2025)
| Sentiment | Oct. 2025 | Oct. 2024 | Évolution | Niveau historique |
|---|---|---|---|---|
| Déterminé | 65% | 65% | = | Stable |
| Motivé | 57% | 59% | -2 pts | Léger recul |
| Optimiste | 43% | 40% | +3 pts | Remontée |
| Inquiet | 43% | 40% | +3 pts | Hausse préoccupante |
| Déçu | 28% | 25% | +3 pts | Hausse |
| En colère | 28% | 25% | +3 pts | Hausse |
| Attentiste | 23% | 28% | -5 pts | Baisse significative |
Malgré la dégradation du contexte, la détermination reste majoritaire (65%) et l'attentisme recule (-5 points). C'est un signal fort : les élus ne renoncent pas, ne se résignent pas. La baisse de l'optimisme est compensée par une montée de l'inquiétude ET de la colère – des émotions qui peuvent être moteurs d'action.
9. Les attentes pour les 5 prochaines années
Les évolutions prioritaires selon les RP
85% des RP souhaitent un renforcement du poids des avis du CSE, en progression de 3 points. Cette demande arrive en tête écrasante et progresse chaque année. Elle dit quelque chose de fondamental : les élus ne veulent plus être consultés pour la forme.
| Évolution souhaitée | 2025 | 2024 | Analyse |
|---|---|---|---|
| Renforcement du poids des avis du CSE | 85% | 82% | +3 pts - Demande croissante |
| Dialogue social au plus près du terrain | 64% | 67% | -3 pts - Reste prioritaire |
| Réunions recentrées sur sujets importants | 58% | 65% | -7 pts - Moins urgent ? |
| Accès renforcé à l'information et l'expertise | 57% | 58% | Stable - Besoin constant |
| Agenda social articulant consultations et négociations | 55% | 55% | Stable |
| Temps et moyens supplémentaires pour le mandat | 54% | 56% | Stable - Besoin structurel |
| Davantage de formations pour les élus | 48% | 56% | -8 pts - Recul notable |
| Mise en place d'une cogestion | 49% | 46% | +3 pts - Progression |
| Développement du dialogue environnemental | 28% | 31% | -3 pts - Dernier rang |
Une demande structurante : le partage du pouvoir
• 91% des RP appellent à un meilleur partage du pouvoir décisionnaire dans l'entreprise
• 80% des salariés partagent cette attente
• 98% des RP estiment que les salariés devraient être davantage consultés sur leur travail
• 84% souhaitent que le CSE ait un pouvoir décisionnaire sur les orientations stratégiques
91% des élus et 80% des salariés demandent un meilleur partage du pouvoir. Ce n'est pas un détail technique, c'est une revendication politique : celle d'avoir voix au chapitre dans les décisions qui façonnent le travail et la vie de l'entreprise.
Conclusion : le CSE, instance légitime dans un contexte d'affaiblissement institutionnel
Le Baromètre 2026 révèle un paradoxe : alors que les institutions politiques peinent à incarner une parole légitime, le CSE reste une instance reconnue et valorisée par les salariés et les directions. Pourtant, son pouvoir d'influence demeure limité.
Les élus expriment des attentes claires et cohérentes :
✓ Des avis qui comptent réellement dans les décisions stratégiques
✓ Un dialogue social de proximité, au plus près du terrain
✓ Une consultation accrue sur le travail réel
✓ Un partage plus équilibré du pouvoir décisionnel
Ces revendications témoignent d'une réalité : la demande de démocratie ne faiblit pas, elle se déplace vers l'entreprise. Dans un contexte économique difficile, avec des enjeux majeurs comme l'IA ou la transition écologique qui émergent, renforcer le rôle du CSE apparaît comme une nécessité pour construire un dialogue social de qualité, au service de l'intérêt collectif.
Publié le 23 janvier 2026
Rédigé par Officiel CSE
Source : 8ème Baromètre Syndex-Ifop sur l'état du dialogue social en France - Enquête réalisée en septembre-octobre 2025 auprès de 1 167 représentants du personnel, 1 301 salariés et 400 dirigeants d'entreprises de plus de 50 salariés.
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